Situé dans le 8e arrondissement de Paris, le musée Nissim de Camondo représente bien plus qu’un simple lieu d’exposition. Cette demeure exceptionnelle incarne l’histoire d’une famille et témoigne d’une passion pour les arts décoratifs français.
Je vous invite à découvrir ce lieu unique qui allie raffinement artistique et modernité architecturale.
L’histoire du musée Nissim de Camondo : une demeure d’exception
La famille Camondo : une dynastie de banquiers ottomans
Les origines de la famille remontent à l’Espagne du XVe siècle. Chassés par l’Inquisition en 1492, ces juifs sépharades trouvent refuge dans l’Empire Ottoman.
Au début du XIXe siècle, Isaac Camondo fonde une banque à Constantinople en 1802. L’établissement devient rapidement l’une des institutions financières majeures de l’Empire.
En 1867, la famille reçoit un titre de noblesse du roi Victor-Emmanuel II d’Italie. Cette reconnaissance honorait leur soutien financier à la réunification italienne. Les frères Nissim et Abraham-Behor décident ensuite de s’installer à Paris en 1869, en bordure du parc Monceau.
Moïse de Camondo : un amour des arts décoratifs français du XVIIIe siècle
Né à Constantinople en 1860, Moïse arrive en France à l’âge de neuf ans. Il hérite d’une fortune considérable mais se passionne davantage pour l’art que pour la banque.
Son cousin Isaac constitue une impressionnante collection d’œuvres impressionnistes qu’il lèguera au Louvre en 1911. Moïse, lui, se concentre exclusivement sur le mobilier et les objets d’art du XVIII e siecle francais.
Durant cinquante ans, ce collectionneur passionne fréquente assidûment les plus grands antiquaires parisiens. Il se fixe un budget annuel à respecter, bien qu’il dépense parfois davantage face à des pièces rares.
En 1911, Moïse fait raser la demeure paternelle pour construire un hôtel particulier digne de ses collections. L’architecte René Sergent reçoit la mission de créer un écrin inspiré du Petit Trianon de Versailles.
Un destin familial tragique : l’hommage d’un père à son fils
Nissim, le fils unique de Moïse, s’engage dès août 1914 dans l’aviation française. D’abord observateur photographe, il devient pilote en 1916.
Le 5 septembre 1917, le lieutenant Nissim de Camondo trouve la mort lors d’un combat aérien en Lorraine. Il avait 25 ans.
Cette perte dévastatrice transforme les projets de Moïse. En 1924, il décide de léguer son hôtel et ses collections à l’État français. Son unique condition : que le musée porte le nom de son fils disparu.
Le collectionneur continue d’enrichir son legs jusqu’à sa mort en novembre 1935. Le musée Nissim de Camondo ouvre ses portes le 21 décembre 1936.
La tragédie familiale ne s’arrête pas là. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Béatrice, la fille de Moïse, son mari Léon Reinach et leurs deux enfants sont déportés à Auschwitz en 1943. Aucun ne reviendra.
Découvrir le musée : un hôtel particulier comme œuvre d’art
L’agencement et le legs : une maison-musée unique
Le musée se distingue par sa conservation intégrale. Les pièces demeurent dans leur état d’origine, créant une immersion totale dans une demeure aristocratique du XVIIIe siecle.
Moïse de Camondo souhaitait reconstituer une demeure aristocratique du xviii e siecle avec une exactitude historique. Chaque détail, du mobilier aux objets du quotidien, participe à cette reconstitution.
L’Union Centrale des Arts Décoratifs, devenue MAD en 2004, gère ce patrimoine exceptionnel. Le lieu représente le seul témoignage conservé permettant de comprendre le fonctionnement d’une grande maison particulière de la plaine Monceau au debut du xx e siecle.
Les salles du musée : un voyage dans le temps
Le parcours débute au rez-de-chaussée bas où vous découvrez les espaces de service. La cuisine moderne, les offices et la salle du personnel révèlent l’organisation domestique d’une demeure bourgeoise.
Au premier étage, sept salons se succèdent dans une enfilade majestueuse. Le grand salon bleu ouvre sur le jardin avec ses fenêtres généreuses donnant sur le parc Monceau.
Chaque pièce abrite des trésors : commodes estampillées, tapisseries d’Aubusson, porcelaines de Sèvres et tableaux de maîtres. Les boiseries sculptées proviennent d’authentiques hôtels particuliers du XVIIIe siècle.
Le petit bureau présente de remarquables tapisseries illustrant les Fables de La Fontaine. La bibliothèque, située au centre des appartements privés, offre une vue privilégiée sur le parc.
Au second étage, les chambres et appartements privés complètent la visite. Vous y découvrez des meubles tableaux tapis tapisseries porcelaines et orfèvrerie d’une qualite exceptionnelle.
La « renaissance » de Camondo et la gloire du goût français
Le musée témoigne du raffinement artistique français du XVIIIe siecle francais. Moïse de Camondo a rassemblé meubles tableaux tapis tapisseries et objets d’art avec un discernement remarquable.
Les collections illustrent le talent des ébénistes comme Riesener, Œben ou Carlin. Les services de porcelaine de Sèvres, notamment les célèbres services Buffon, comptent parmi les pièces les plus rares.
Cette reconstitution d’une demeure d’un collectionneur démontre l’élaboration méthodique d’une collection. Chaque acquisition reflète le choix éclairé d’un amateur d’art érudit.
Informations pratiques pour votre visite
Horaires d’ouverture et fermetures
Important : Le musée Nissim de Camondo est ferme pour travaux a partir du 5 août 2024. La réouverture est prévue en 2027.
Avant la fermeture, les horaires étaient les suivants :
- Ouvert du mercredi au dimanche de 10h à 17h30
- Fermeture de la caisse à 16h45
- Évacuation des salles à partir de 17h10
- Fermé les lundis et mardis
Le musée reste également ferme les jours fériés : 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.
Tarifs et billets : acces et réservation
Voici un tableau récapitulatif des tarifs pratiqués avant la fermeture :
| Type de billet | Tarif | Conditions |
|---|---|---|
| Tarif plein | 12 € | Avec audioguide inclus |
| Tarif réduit | 9 € | Sur présentation de justificatif |
| Billet combiné MAD + Camondo | 20 € | Valable 4 jours |
| Gratuit | 0 € | Moins de 26 ans |
Gratuité pour : les moins de 18 ans, les 18-25 ans (dans la limite des places disponibles), les visiteurs handicapés et leur accompagnateur, les enseignants avec Pass Éducation, et les détenteurs du Paris Museum Pass.
La réservation en ligne était fortement recommandée. À la réouverture en 2027, ces tarifs pourront être ajustés.
Comment se rendre au musée : localisation et transports
Le musée Nissim de Camondo se situe au 63 rue de Monceau, dans le 8e arrondissement de Paris, en bordure du parc Monceau.
En métro :
- Ligne 2 : station Monceau
- Ligne 3 : station Villiers
En bus :
- Lignes 30, 84 et 94
Le quartier de la plaine Monceau offre un cadre paisible pour votre visite. Vous pouvez combiner la découverte du musee avec une promenade dans le parc.
Services et accessibilité pour tous
Le musee Nissim de Camondo propose plusieurs services pour faciliter votre visite :
- Audioguides inclus dans le billet d’entrée
- Vestiaire pour déposer vos affaires
- Sièges pliants à disposition
- Boucles à induction magnétique
- Dépliant d’aide à la visite
Accessibilité : L’établissement accueille les visiteurs en situation de handicap. Des visites adaptées peuvent être organisées sur demande.
Les animaux ne sont pas acceptés, à l’exception des chiens guides d’aveugles ou d’assistance.
Expositions et événements au musée Nissim de Camondo
Avant la fermeture, le musee organisait régulièrement des expositions temporaires et des visites guidees. Ces événements permettaient d’approfondir la connaissance des collections et de l’histoire de la famille.
Le site Monceau du musée des arts decoratifs proposait également des conférences thématiques. Certaines portaient sur des pièces spécifiques comme les services de porcelaine ou les tapisseries.
À la réouverture prévue en 2027, de nouvelles expositions enrichiront l’offre culturelle. Vous pourrez vous inscrire à la newsletter des Arts Décoratifs pour rester informé de l’actualité.
L’hôtel particulier : un modèle de rationalité et de confort moderne
Une architecture inspirée du Petit Trianon
René Sergent (1865-1927) dessine les plans durant l’été 1910. Cet architecte s’est fait une spécialité du style néo-Louis XVI et excelle dans la construction d’hôtels confortables.
La façade sur cour reprend directement les codes du Petit Trianon : élévation à trois niveaux, rez-de-chaussée à bossages, pilastres corinthiens et balustrade. Les travaux débutent en 1911 et s’achèvent en 1914.
Côté jardin, Sergent ouvre le plan en deux ailes perpendiculaires autour d’une rotonde centrale. Neuf travées offrent ainsi une vue dégagée sur le parc Monceau.
Une demeure ultramoderne
Derrière les décors d’époque se cache une modernité technique remarquable. L’hotel particulier bénéficie de toutes les installations du debut du XXe siècle.
Le chauffage à air filtré et pulsé assure un confort optimal. L’éclairage électrique éclaire chaque pièce. Deux ascenseurs à air comprimé facilitent les déplacements entre étages.
La cuisine dispose d’équipements modernes pour l’époque. Un système de nettoyage par le vide simplifie l’entretien. Les salles de bain hygiéniques reflètent les standards de confort d’alors.
Cette alliance entre raffinement historique et innovations techniques fait de l’hôtel Camondo un modèle unique. Moïse réussit son pari : créer une demeure du XVIIIe siècle dotée de tout le confort moderne.
Les collections du Musée Nissim de Camondo
Un ensemble cohérent d’arts décoratifs
Le musee Nissim rassemble plus de 300 œuvres majeures couvrant la seconde moitié du XVIIIe siècle. Meubles, tableaux, tapis, tapisseries, porcelaines et orfèvrerie composent cet ensemble.
Les meubles estampillés des plus grands ébénistes constituent le cœur de la collection. Vous admirez des pièces signées Riesener, Carlin, Weisweiler ou encore Saunier.
Les tapisseries d’Aubusson ornent plusieurs salons. Les services de porcelaine de Sèvres, dont les fameux services Buffon avec leurs décors d’oiseaux, comptent près de 350 pièces.
Des pièces d’exception
Le salon bleu présente une commode à rideaux de Riesener, pièce rarissime du mobilier français. Le grand bureau abrite six tapisseries illustrant les Fables de La Fontaine.
La bibliothèque conserve des boiseries en chêne naturel sculpté qui ont déterminé la hauteur du second étage. Ce détail montre comment Moïse adaptait son hotel à ses collections existantes.
Chaque objet a été choisi pour sa qualité et son authenticité. Cette exigence fait du musée des arts decoratifs un lieu de référence pour l’étude du mobilier français du XVIIIe siècle.
Le musée Nissim de Camondo incarne l’histoire d’une passion artistique et d’un hommage filial. Malgré la tragédie qui frappa la famille Camondo, leur legs continue d’enrichir le patrimoine culturel français.
Dès sa réouverture en 2027 après les travaux de restauration, vous pourrez à nouveau découvrir ce témoignage unique d’une époque révolue. Ce lieu exceptionnel perpétue la mémoire de Nissim et célèbre l’art de vivre à la française.